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Mont Kemmel:
Le bunker de commandement
Photographie
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La construction du bunker de commandement de l'armée belge a commencé en 1953, en pleine guerre froide. De nombreux ouvriers ont travaillé sur le chantier et des camions enlevaient une quantité incroyable de terre, mais personne ne savait exactement ce que la grande muette faisait ici. L'armée a fait appel à plusieurs entreprises, et chaque entreprise n'avait connaissance que d'une toute petite partie du plan. C'était le secret le mieux gardé de l'armée belge.

Le bunker a été construit à la taille de l'armée belge: relativement petit. On a du mal à s'imaginer que 200 militaires travaillaient dans ce bunker. La Coupole, le bunker d'Eperlecques, le canon de Mimoyecques, tous étaient plus grands que le bunker de Kemmel.

La guerre froide était une guerre non déclarée, avec de nombreux points chauds: la guerre de Corée, d'Indochine, du Viet-Nam, la crise des missiles de Cuba... Il règnait une psychose aux Etats Unis, avec des entreprises qui vendaient des kits de détection de radiations, des bunkers clef-sur-main, et même des disques “Que faire si la bombe tombe”. Evidemment en cas de conflit, il n'y aurait plus eu d'électricité pour écouter le disque, mais cà c'est un détail.

Le bunker était à l'origine un centre de commandement de la défense aérienne. Le bunker aurait dû assurer la coördination avec les différents pays qui nous entourent. Le bunker était tellement secret que seul les militaires qui y travaillaient étaient au courant de son existence. Une construction qui ressemble à une maison permet l'accès au bunker sous-terrain. La seule chose qui détonne, c'est un gros phare placé sur le toit et qui peut être tourné de l'intérieur. Il y a une sortie de secours qui mène vers les champs en contrebas.

Il y a des antennes de réception sur le terrain militaire même, mais pour l'émission, on utilise les antennes de la base d'Ypres. En effet, l'ennemi aurait tôt fait de localiser le bunker top secret dès le premier message envoyé.

Mais à la fin de la construction, le bunker n'était déjà plus adapté à la situation. Si le bunker avait deux groupes électrogènes et des émetteurs-récepteurs, il n'était pas préparé à une guerre NBC (nucléaire, bactériologique ou chimique). Le bunker n'avait pas de portes blindées résistant à l'explosion d'une bombe (même conventionnelle): on y rentre comme dans un moulin et ce n'est pas le petit poste de garde qui aurait pu défendre le bunker. L'air pour les groupes électrogènes est simplement aspiré de l'extérieur puis refoulé (ainsi que l'air pour les soldats). Le terrain contient de petites constructions pour l'aération. Les bunkers allemands avaient au moins une unité de filtration de l'air, pas le bunker de commandement belge.

Le bunker n'a jamais servi comme bunker de défence aérienne. Les deux autres bunkers batis simultanément faisaient amplement l'affaire et il n'en fallait pas un troisième (bunkers de Semmersake et de Glons). Dans les années 1960, on se décide à utiliser le bunker comme base de commandement. Le staff militaire y serait hébergé en cas d'exercice, de crise ou de conflit, les militaires étant plus à l'abri des bombes de par l'isolement de la région et sa faible valeur stratégique. Pour vivre heureux, vivons caché...

L'état-major belge avait une guerre éclair à l'esprit, puisqu'il n'y avait aucune accomodation sur place pour les 200 militaires qui devaient peupler le bunker en cas de conflit. Les militaires allaient loger à la caserne d'Ypres toute proche, et les gradés allaient à l'hôtel du coin (comme presque partout en Belgique, on y mange très bien, parait-il). En un certain sens ils avaient raison avec leur guerre éclair: la Belgique a été envahie en une semaine au début de la seconde guerre mondiale et a été libérée en 5 jours. Avec une attaque par les "oranges" (on ne nommait jamais l'ennemi dans les exercices), la Belgique aurait pu être annéantie en moins de 24 heures.

Les installations sous-terraines sont protégées par une plaque de béton de 2m. d'épaisseur. Le bunker est entouré d'un coffrage en cuivre de 2cm d'épaisseur pour absorber l'énergie électromagnétique d'une explosion nucléaire.

Le bunker avait un central téléphonique manuel et automatique avec seulement 5 lignes externes. Pas question de téléphoner à son épouse en cas de conflit, toutes les lignes doivent rester disponibles! Il y avait une infirmerie avec un lit, des toilettes et des lavabos. Les prises fournissaient aussi bien du 220V que du 115V.

La partie principale est évidemment l'Operation Room qui s'étend sur deux étages, avec les différents staffs qui ont "un appartement" avec vue sur l'Operation Room. Des salles de commandement avaient des rideaux aux fenètres donnant sur l'Operation Room, pour empêcher de voir la salle quand le staff fait venir un visiteur.

Le bunker a été utilisé comme base de commandement pour divers exercices dans le cadre de l'OTAN. En 1995, il perd sa fonction militaire et est transformé en musée de la guerre froide (ouvert au public dès 2009).

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