Seraing Ougrée
Hauts fournaux de Liège
Liège
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Hauts fourneaux de Liège


Installations électriques à l'abandon


Le HFB de Ougrée avec ses 3 cowpers


La moitié du site de Ougrée est à l'abandon...


...mais Liège a ce que Charleroi n'a plus: une cokerie
Photo de l'été 2011: encore en fonctionnement

Liège, la cité ardente

Liège, la cité ardente. Le surnom provient des nombreux fourneaux présent dans la ville (et n'a pas grand chose à voir avec le caractère des liégeois).

La sidérurgie a vraiment pris son essor à Liège. A l'époque, les installations étaient bien plus petites, un fourneau faisait 10m. de haut, alors que maintenant un HF dépasse les 100m.

Lors de la fusion d'entreprises, le principe était toujours de garder les installations les plus productives. L'inconvénient est que les sites industriels sont éparpillés sur tout le territoire. La fonte en fusion était transportée en torpilles (par rail) à l'aciérie située de l'autre coté de la ville. Un autre exemple: le site de Marchin ne fait que des produits longs. Situé pratiquement en pleine campagne, c'est un canard boiteux, un oiseau pour le chat: cela n'a rien à voir avec les performances de l'entreprise mais avec sa situation géographique.

La crise économique

La crise économique a fortement réduit la demande en acier. Les ventes de produits finis (par exemples des voitures) ont chuté de 30%. Mais cela n'est pas tout: les constructeurs et importateurs ont un stock d'environ 3 mois. Avec une demande plus faible, ce stock est suffisant pour 4, voire 5 mois. C'est beaucoup trop! La fabrication de nouvelles voitures est donc fortement réduite pendant quelques mois: cela permet une rentrée d'argent (la vente des voitures en stock) bien nécessaire. Cette opération s'appelle le déstockage: on réduit les coûts au maximum, tout en essayant de générer suffisamment de cash-flow pour maintenir l'entreprise à flot.

La réduction des ventes de voitures frappe donc également les fabricants de produits semi-finis (les différentes sortes de tôles). A cause des opérations de déstockage, la demande en produits semi-finis chûte même plus que celle des produits finis. Et en début de la chaine, la réduction se fait encore plus sentir. Il est donc normal que de nombreux haut-fourneaux ont dû être mis à l'arrêt, bien plus que les 30% de réduction des ventes de voitures!

Il n'est en effet pas possible de faire fonctionner un haut-fourneau à demi charge: c'est pas un moteur de voiture! Le rendement chûte fortement quand les conditions de fonctionnement idéales ne sont pas maintenues. Un rendement plus faible signifie qu'il faut plus de coke par tonne de fonte produite. Et comme un haut-fourneau travaille déjà à la limite de la rentabilité... La mise à l'arrêt d'un haut-fourneau ne se fait pas non plus à la légère si on espère le remettre en route plus tard.

Liège

Qu'en est-il de la situation à Liège? Ces installations appartiennent à Arcelor/Mittal, qui est bien plus solide que le groupe Duferco, propriétaire des Forges de Clabecq et de Carsid. Arcelor/Mittal a tout en main pour ses hauts fourneaux: installations de bouletage du minerai de fer et cokerie en amont, aciérie, laminage et galvanisation pour le traitement en aval. Duferco ne dispose pas de cokerie et c'est (entre autre) pour cela que le haut fourneau de Carsid est à l'arrêt.

Arcelor/Mittal a remis de nombreux hauts fourneax en marche en Europe au début de 2010, quand la reprise s'est faite sentir et que la demande en acier à augmenté. A Liège, seul un des deux hauts fourneaux est en fonctionnement: le HF B d'Ougrée (à partir d'avril 2010). Le HF 6 de Seraing est toujours "sous cocon", après une courte période de fonctionnement en 2008. Sous cocon, cela veut dire que toutes les installations sont sous tention (même l'affichage à l'entrée de l'usine fonctionne encore) alors qu'il n'y a plus de production. Trois ans sous cocon... Je crains que la chrysalide ne soit maintenant morte.

C'est que la demande n'est pas encore assez soutenue pour avaler des milliers de tonnes par jour. Augmenter la production globale fait chuter les prix, ce qui rend d'un coup tous les fourneaux d'Arcelor/Mittal moins rentables.

J'ai visité le site de Seraing en avril 2011, qui était alors à l'arrêt. J'ai également visité le site de Ougrée (encore en fonctionnement à cette époque), quelques photos sont sur ces pages. Je suis repassé par Ougrée en juin 2012, alors que le site était définitivement condamné. Passage à Liège en 2016 (juste avant la démolition du HF de Seraing).

Update octobre 2011: Arcelor/Mittal a décidé de stopper définitivement la ligne à chaud à Liège. C'est non seulement un coup dur pour les sidérurgistes liégeois, mais également pour le port d'Anvers qui transborde le minérai et le charbon sur des péniches qui empruntent le canal Albert d'Anvers à Liège.

Mittal Steel

Quel est le but d'un immense groupe comme Mittal Steel? Devenir encore plus grand, bien sûr! Cela n'est plus possible en augmentant la capacité puisqu'il y a déjà assez d'acier de produit. La seule manière de s'aggrandir dans un marché saturé, ce sont les acquisitions de concurrents. Et pour cela, il faut de l'argent, beaucoup d'argent.

On fait bien sûr encore de la recherche, mais plus au niveau d'un haut fourneau individuel: il n'est plus possible d'améliorer les paramètres de fonctionnement, on a déjà tout essayé. Les modèles mathématiques qui sont étudiés ne concernent plus la marche d'un haut fourneau, mais les simulations du genre: "quel haut fourneau mettre à l'arrêt pour augmenter mon bénéfice?" ou "quelle acquisition me rapportera le plus?"

Ce n'est pas parce que Mittal préfère les flamands aux wallons que Sidmar tourne encore et que Liège est à l'arrêt: c'est simplement parce que Sidmar est mieux placé géographiquement et que toutes les unités de production sont situées sur un seul site industriel. Dès que Sidmar perd son avantage économique (par exemple à cause de la rage taxatoire du gouvernement), c'en est fini de Sidmar. Les délocalisations, c'est très facile quand on est le plus grand groupe industriel de la production de l'acier.

Pour un grand groupe industriel comme Mittal, la ferméture d'un HF non rentable est doublement avantageuse:

  • On réduit la production mondiale, et donc les prix augmentent un peu.
  • On élimine les canards boiteux du groupe, donc le rendement général augmente.
La ferméture d'un HF n'a pratiquement aucun effet sur les parts de marché quand on est le plus grand producteur d'acier au monde: le but est la rentabilisation à outrance. La plupart des HF ont une réserve de capacité.

Lors de la reprise du groupe Arcelor, les insiders savaient que les jours de Liège étaient comptés. Aussi étrange que cela paraisse, un HF condamné redevient momentanément rentable (en effet, l'entretien est limité au minimum et on n'investit plus). Les investissement sur le site de Liège sont tombés à zéro et cela se voit sur place. Mittal n'a pas d'états d'âme et ne regarde que son portefeuille. C'est comme cela que le groupe a pu grandir.

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