Seraing Ougrée
Hauts fournaux de Liège
Liège
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Liège 2021

Après une visite de Liège il y a près de 10 ans (les installations à chaud venaient à peine d'être mises à l'arrêt), je suis repassé en 2021. Certains vont en vacances en Espagne, moi je vais visiter mes hauts fourneaux. Mes chateaux en Espagne sont situés à Liège et Charleroi.

Une seule différence notable, le haut fourneau de HF6 de Seraing a été dynamité. C'était celui qui était situé le plus dans le centre-ville. Le HFB de Ougrée, celui situé en face du Standard est toujours debout. Depuis 10 ans il ne s'y est rien passé. La végétation devient de plus envahissante, mais autrement rien n'a changé.

La première photo montre une vue générale des installations qui entourent le haut fourneau. Contrairement à Charleroi, il s'agit d'un site peu intégré: la cokerie se trouve à quelques kilomètres de là et l'aciérie se trouve complètement de l'autre coté de la ville. Il y avait même une voie de chemin de fer spécifique pour transporter la fonte en fusion dans des torpilles du haut fourneau vers l'aciérie.

Certaines voies du chemin de fer sur le site sont encore utilisées en semaine (les rails sont luisants): c'est principalement pour transporter des matières premières et des produits semi-finis. Les matières premières se sont par exemple des coils, des grosses bobines de tôles épaisses et les produits finis, c'est par exemple de la tôle fine qui servira à faire des boites de conserves.

Quelle est la situation économique de ce qui était jadis le fleuron de l'industrie belge? Il fut un temps où la sidérurgie wallonne s'appellait Cockerill-Sambre et englobait tous les centres de production wallons. Puis l'outil industriel a été dépecé et vendu au plus offrant. Duferco a acheté une partie (Charleroi et les Forges de Clabecq), le restant a été repris par le groupe Usinor, qui est devenu Arcelor-Mittal, puis Mittal Steel tout court. On voit l'arrêt du temps quand on regarde les pancartes: d'abord Cockerill Sambre groupe Arcelor puis Arcelor-Mittal.

Mittal Steel a ensuite vendu ses installations de Liège à un autre indien (Gupta) qui voulait s'offrir un site industriel supplémentaire. Pour acheter les installations de Liège, l'industriel a du emprunter pas mal d'argent, ce qui a finalement rendu le groupe Liberty Steel très sensible aux aléas du marché. En 2021, c'est la faillite du groupe financier Greensill, le pourvoyeur de fonds de Liberty Steel.

Liberty Steel est en mauvaise posture, mais l'industrie wallone tourne (relativement) bien: c'est la globalisation et la vente d'usines d'un financier à un autre qui est la cause des problèmes actuels. Pour acheter un site industriel, il faut de l'argent, et quand on en a pas, il faut l'emprunter. A Gand, le site de Sidmar est toujours la propriété de MittalSteel.


Le site de Ougrée vu de la cokerie

Quand on fait le tour du terrain d'Ougrée (ce qui prend une petite heure) on se rend compte de l'immensité d'une telle usine (et ici il n'y a que le haut fourneau et quelques installations auxiliaires). Il faut faire venir du minérai de fer par voie fluviale. Les quais sont spécialement adaptés pour les péniches et le minérai est directement envoyé dans de grands bunkers. Puis il faut du coke, du calcaire, de l'oxygène,...

Quand on parle de sidérurgie, on ouble trop facilement toutes les autres installations qui sont nécessaires au bon fonctionnement d'un site industriel: la production d'oxygène et d'argon, le traitement préalable du minérai, les centrales électriques qui pouvaient disposer de gaz de haut fourneau et de gaz de cokerie très bon marché.

La parole des politiciens, c'est uniquement du vent dont la valeur énergétique est nulle: toutes ces entreprises qui dépendaient de la sidérurgie ont du fermer et sont maintenant rasées (ou laissées à l'abandon).

Dans le charbon, tout est bon, aurait pu dire Achiel Van Acker. Pas pour nous les humains, mais pour les industriels. Quand on chauffe fortement le chargon pour avoir du coke, on peut récolter de nombreux produits qui sont interessants pour l'industrie. Sur la photo ci-dessus, on voit nettement les fours à coke.

La cokerie produit du gaz combustible (qui était appellé gaz de ville dans les années 1950 et était utilisé à la place du gaz naturel qui n'existait pas encore). Le gaz de ville était mortel à cause du monoxide de carbone qu'il contenait. De l'ammoniaque permettait de fabriquer des engrais et était à la base de certains plastiques.

Mais la cokerie produit également du goudron. Quand on passe à coté de la cokerie, c'est encore cette odeur qui est présente, un epreuve que le goudron est toujours là. Je la connais bien, cette odeur. Quand j'étais jeune je vivais près du canal à Bruxelles et il y avait justement une cokerie de l'autre coté du canal, au bassin Vergote. Cette cokerie qui produisait principalement du gaz de ville a heureusement été fermée dans les années 1970.

Tout le monde se garde bien de parler de la cokerie. A Charleroi, on a tenté d'assainir le terrain, puis on s'est rendu compte que le goudron a pénétré plus en profondeur que prévu dans le terrain, et que l'assainissement allait couter une fortune. Les travaux d'assainissement sont maintenant à l'arrêt à Charleroi par manque de fonds.

Mais déconstruire les autres installations et assainir les autres terrains coute également très cher. Tout est à l'abandon depuis près de 10 ans. Il n'y a personne qui veut investir, car pour en faire quoi? Y mettre des blocs d'appartements, des bureaux? Il a été décidé (il y a fort lontemps) que ces terrains situés idéalement le long de la Meuse devaient servir pour des projets industriels. Mais pour y mettre quoi? Quand on voit le gigantisme de la sidérurgie d'autrefois, on voit directement qu'il ne serait plus possible d'installer de l'industrie d'une telle ampleur à Liège.

Il y a même des batiments qui sont à l'abandon depuis bien avant la fin de la ligne à chaud à Liège et ces batiments délabrés sont toujours debout.

Il y a encore de l'industrie en activité de l'autre coté de la Meuse, en fait juste en face de la cokerie (la dernière photo à droite a été prise de cet endroit). Les pompes tournent, les lampes brulent, mais la plupart des vitres des batiments sont cassées. On voit bien qu'on manque d'argent.

Quand déjà on manque d'argent pour entretenir l'outil existant, avec quel argent devrait-on assainir les différents sites et construire de nouvelles industries? Avant on produisait de l'acier pour le marché local et puis européen, et chaque site industriel avait sa chance. Maintenant la production se fait là où la main d'œuvre est la moins chère. Délocaliser une usine se fait en un seul coup de cuillère à pot.

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